Jardin 09.06.2026

Chenilles processionnaires : quels arbres sont à risque et comment les identifier ?

Julie
Chenille processionnaire quel arbre pin et chêne
INDEX +

La chenille processionnaire est un défi pour la santé des forêts et des espaces verts. En France, deux espèces dominent le territoire : la processionnaire du pin et celle du chêne. Si leur nom indique une préférence marquée, leur biologie est plus nuancée. Identifier les arbres attractifs pour ces insectes est la première étape pour protéger votre patrimoine arboré et limiter les risques sanitaires pour l'homme et les animaux.

Les essences de pins vulnérables à l'infestation

La processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) est sélective. Elle recherche des arbres dont les aiguilles offrent une nutrition optimale et dont la structure permet l'installation de nids soyeux résistants aux intempéries. Bien que la plupart des conifères puissent être touchés en cas de forte pullulation, certaines variétés sont systématiquement ciblées.

Infographie des arbres sensibles aux chenilles processionnaires
Infographie des arbres sensibles aux chenilles processionnaires

Le Pin noir d'Autriche et le Pin Laricio : les cibles privilégiées

Le Pin noir d’Autriche (Pinus nigra) est l'un des arbres les plus attractifs. Sa robustesse et la densité de son feuillage en font un hôte idéal pour les colonies. Le Pin Laricio, qu'il soit de Corse ou de Calabre, suit de près. Ces arbres, souvent utilisés dans les reboisements ou les parcs urbains, subissent des défoliations massives qui ralentissent leur croissance.

Pin Maritime, Pin Sylvestre et Pin d'Alep

Le Pin maritime (Pinus pinaster), très présent sur la façade atlantique, est une victime fréquente. Le Pin sylvestre, bien que plus résistant dans certaines régions, n'est pas épargné. Dans le bassin méditerranéen, le Pin d'Alep subit des attaques cycliques intenses. Ces arbres présentent souvent des nids volumineux aux extrémités des branches exposées au soleil, car les chenilles ont besoin de chaleur pour digérer durant l'hiver.

La disposition des arbres influence la colonisation. Un arbre isolé ou situé en lisière est plus exposé qu'un individu au sein d'un massif dense. La femelle papillon, lors de son vol de ponte en été, repère facilement les silhouettes se détachant sur l'horizon. Ce contraste visuel explique pourquoi les pins d'ornement dans les jardins privés sont souvent les premiers colonisés, même si la forêt voisine semble saine.

Le cas particulier de la processionnaire du chêne

La processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea) possède un mode de vie distinct. Contrairement à sa cousine du pin, elle ne construit pas de nids d'hiver visibles en haut des cimes. Ses nids, faits de soie et de déjections, sont plaqués contre le tronc ou les grosses branches charpentières.

Chêne pédonculé et Chêne sessile

Ces deux essences sont les hôtes principaux. Les chenilles s'attaquent aux jeunes feuilles dès le débourrement printanier. Une infestation sévère peut conduire à une défoliation totale en quelques semaines. Si le chêne produit une seconde pousse de feuilles, cette dépense d'énergie l'épuise et le rend vulnérable à d'autres agents pathogènes comme les champignons lignivores ou les insectes xylophages.

Les autres feuillus sont-ils à l'abri ?

Le chêne reste la cible prioritaire, mais on observe des attaques sur d'autres feuillus à proximité immédiate de foyers. Le hêtre ou le charme servent parfois de nourriture de substitution si la population de chenilles est trop dense. Ces cas restent marginaux et ne permettent généralement pas le cycle complet de reproduction de l'insecte.

Niveaux de risque par essence

Ce tableau récapitule les essences les plus couramment touchées et leur sensibilité face aux attaques de chenilles processionnaires.

Essence d'arbre Type de chenille Niveau d'attractivité Localisation des nids
Pin noir d'Autriche Processionnaire du pin Très élevé Extrémité des branches
Pin Laricio Processionnaire du pin Très élevé Parties ensoleillées
Pin Maritime / Sylvestre Processionnaire du pin Élevé Feuillage
Cèdre (Atlas, Liban) Processionnaire du pin Modéré à élevé Branches latérales
Chêne pédonculé / Sessile Processionnaire du chêne Très élevé Troncs et branches
Pin Parasol Processionnaire du pin Modéré Périphérie de la couronne

Reconnaître une infestation selon l'arbre

Identifier la présence de ces nuisibles demande une observation attentive de la silhouette de l'arbre et de son état général. Les signes varient selon la saison et l'espèce.

Signes visuels sur les conifères

Sur les pins, le premier signe est l'apparition de nids de soie blanche, denses et brillants, dès la fin de l'automne. Ils ressemblent à de grosses barbes à papa accrochées aux branches. Un autre symptôme est le jaunissement, puis le rougissement des aiguilles à proximité des nids. C'est le résultat de l'alimentation des chenilles qui grignotent les aiguilles pendant la nuit.

Indices sur les feuillus et le tronc

Pour les chênes, l'infestation est plus discrète. Surveillez l'apparition de plaques soyeuses grisâtres sur l'écorce. Au printemps, la présence de chenilles se déplaçant en file indienne sur le tronc ou au pied de l'arbre est un indicateur sans équivoque. Contrairement à la processionnaire du pin qui descend au sol pour s'enterrer, la processionnaire du chêne reste souvent sur l'arbre pour sa nymphose.

Impacts sur la santé de l'arbre

Une seule attaque tue rarement un arbre vigoureux. Cependant, l'impact physiologique est réel. La perte de surface foliaire réduit la photosynthèse, ce qui affaiblit l'arbre sur le long terme.

Un arbre affaibli devient une cible pour d'autres parasites. Les scolytes, des petits coléoptères qui creusent des galeries sous l'écorce, achèvent souvent les arbres épuisés par plusieurs années de défoliation. En zone urbaine, la présence de ces insectes impose des mesures de gestion coûteuses ou des restrictions d'accès aux espaces publics, car les poils urticants persistent dans l'environnement plusieurs mois après le départ des chenilles.

La surveillance régulière, entre septembre et avril pour le pin, et de mai à juillet pour le chêne, est la meilleure stratégie. Une détection précoce permet d'envisager des solutions biologiques, comme l'installation de nichoirs à mésanges ou la pose de pièges à phéromones, avant que l'infestation ne devienne incontrôlable.